Les valeurs, les missions et les métiers de la Fonction publique Le pouvoir d'achat La rénovation du dialogue social Les parcours professionnels

Les valeurs, les missions et les métiers de la Fonction publique

Entretien avec M. Paul PENY, directeur général de l’administration et de la fonction publique - Jeudi 20 septembre 2007

Photo : Paul PenyQuestion - Pourquoi une conférence sur les valeurs ?

Réponse - S'interroger sur les valeurs, c'est se reposer les questions sur les principes, le sens du cadre dans lequel s'exerce la gestion des ressources humaines dans les administrations publiques.

Dans ce cadre qui paraît connu, mais peut-être pas suffisamment, il s’agit de se demander ce qui est d’actualité, ce qui mérite d’être réinterrogé, voire refondé. Il faut en tirer des conséquences pratiques. Ce n'est pas un débat pour le débat. C’est un débat pour agir : comment gérer autrement ? Comment moderniser la GRH à l’aulne de valeurs dont on a redéfini le champ, la portée, l'enjeu pour les agents et les citoyens ?

Q. - Comment définiriez-vous les métiers de demain de la fonction publique ?

R. - Avant d’arriver directement aux métiers, je m’arrête un instant sur les mots que l’on veut employer pour parler de valeurs et donc de métiers dans la fonction publique.

Des notions traditionnelles, des mots font partie du vocabulaire pour parler des valeurs et des principes du service public et de la fonction publique. En même temps, on le voit au travers de sondages d’opinion, à travers des démarches de modernisation dans des administrations en France ou dans des pays étrangers, notamment européens, beaucoup de mots viennent. Pour les uns, le mot-clé sera laïcité, pour d'autres, ce sera honnêteté, intégrité. Pour d'autres encore, ce sera performance.

Tous ces mots s'enrichissent et se cumulent. Il n’y a pas une liste-type des valeurs de la fonction publique. Il y a certes des valeurs dites traditionnelles, celles que l’on apprend dans les cours de droit sur la fonction publique et qui demeurent pertinentes en elles-mêmes à condition de les réinterroger.

Quelles sont-elles ? Quelques exemples : le principe d'égalité ; égal accès aux emplois publics, égal accès dans le parcours des carrières. Aujourd'hui qu’est-ce que cela veut dire ? Comment fonctionnent en vrai l’égalité et le droit alors que l'on a par ailleurs d'autres préoccupations comme la diversité ?

Comment fonctionne réellement la méritocratie qui reste au cœur du pacte de la fonction publique ?

Autre principe dit traditionnel du service public et de la fonction publique : le principe de continuité ou de permanence. Il a son corollaire qui porte un intitulé qui n’est pas très élégant, que l’on appelle la « mutabilité » du service public.

Cela veut dire qu'il y a une obligation de faire évoluer le contenu de l’exercice des missions du service public en fonction des besoins des citoyens, d’où une conséquence pour les agents : leur statut n'est pas forcément le même que le droit commun, car ils sont astreints à des obligations particulières au nom de ces principes de permanence et de continuité.

En 2007, qu'est-ce que cela signifie par rapport aux textes qui ont été écrits parfois il y a plusieurs dizaines d'années ?

Enfin, autre principe évident qu'il faut rappeler, celui par exemple de la neutralité, de l’impartialité des agents publics vis-à-vis de l'ensemble des citoyens.

D'autres concepts et valeurs sont de plus en plus fréquents dans le débat public. Je pense à des termes qui sont au coeur des discussions de collègues européens lorsqu’ils ont engagé des débats ou des démarches de ce type. On parlera plus souvent de professionnalisme, de valorisation, de reconnaissance des compétences, d’efficacité, d’efficience, etc.

Il me paraît clair, sans anticiper sur ce que sera le débat durant les prochains mois, que ces termes s'enrichissent et s'éclairent l'un l'autre. Vous avez employé le terme « métier » qui est très beau. « Exercer son métier », c’est ce dont on est fier. Sans vouloir là aussi préjuger de ce que le débat nous donnera comme éclairage et comme solution pour faire cette refondation du statut de la fonction publique, il est clair que l’approche par les métiers est un formidable facteur d'enrichissement du cadre de gestion de nos ressources humaines.

Q. - En conclusion, qu'attendez-vous de cette grande conférence sur le débat national ?

R. - Il s’agit d’en faire un très vaste débat, très ouvert. Il ne s'agit pas d'en faire uniquement, même si bien sûr c’est légitime, un débat entre praticiens du statut ou praticiens de la GRH ou experts issus eux-mêmes du monde de l'administration. Ils doivent être présents, mais ce n'est pas suffisant.

Il y aura bien sûr les partenaires sociaux, mais il est intéressant que nous ayons à tous les stades de ce débat des regards extérieurs à l'administration, à la France avec un croisement de témoignages, des retours d'expériences vues d'ailleurs nous permettant de mieux réfléchir.

L’objectif est bien d'arriver, sinon à être toujours d'accord, très largement à partager nos points de vue, nos attentes, peut-être les conclusions que nous saurons en tirer ensemble autour d'une passion qui nous est clairement commune, celle de l’engagement public.