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Pierre-Henri de MENTON, rédacteur en chef du magazine Challenges
Moi, je voulais savoir ce que vous pensiez de cette approche, on va dire, qui vient plus du privé, de la performance, du rendement éventuellement, est-ce que tout ça, ce sont des gros mots, est-ce que ça fait peur ou finalement, c’est assez normal parce qu’on se met à l’air du temps et il n’y pas de raison pour que la Fonction publique, qu’elle quelle soit, soit complètement à l’écart de la société ?
Cédric, brigadier de police
Dans la police a été mis en place ce que l’on appelle « les primes au résultat ». C’est vrai que chez nous, ce n’est pas trop adapté. Surtout, c’est très mal perçu du public parce que, du coup, on passe pour ceux qui allons faire arrêter plus de personnes, les contrôler, prendre plus d’argent et ainsi de suite. Donc, c’est vrai que le mot « primes au résultat », peut-être déjà sur le jeu de mots n’est pas très adapté parce que le public le perçoit très mal parce que ça y est, ils se disent : « En gros, on a un Service public, on est là pour faire respecter l’ordre, la loi, les règlements, et ainsi de suite ». C’est le mot « rendement » souvent qui revient chez nous et ainsi de suite. C’est très mal perçu par le public et déjà qu’on n’a pas une très bonne image auprès de nos concitoyens, c’est vrai que, là-dessus, souvent, ça revient quand on fait nos auditions parce que malgré tout, on discute régulièrement après.
Mike, responsable du pôle police judiciaire
Moi, j’ai passé 15 ans à la Brigade criminelle, on a une obligation de résultats, de moyens — pardon pour le lapsus — mais certainement pas de résultats. Quand vous n’avez pas d’éléments, vous n’avez pas d’éléments. Donc, on ne peut pas parler pour les uns de prime de motivation, pour les autres de prime de quoi : « Vous avez fait votre travail, vous avez utilisé les moyens qui étaient mis à votre disposition ». C’est très très difficile, c’est très compliqué. Alors, est-ce que les commissaires dans les quartiers sensibles ont une obligation de faire baisser la délinquance ? Peut-être, certainement. Mais, là encore, je veux dire, c’est pareil, je pense, dans la Fonction hospitalière. C’est applicable : oui dans certains domaines, ça ne l’est pas dans d’autres. L’ensemble des fonctionnaires sont prêts depuis des années à cette bonne gestion et depuis des années, les fonctionnaires font tourner l’administration et pallient justement les erreurs ou les manquements de l’administration. Donc, nous, on est tous prêts et on le fait naturellement. Maintenant, effectivement, c’est la structure même qui est à revoir. Donc, si réforme il y a, c’est réforme de la structure de l’État et pas de ses fonctionnaires qui eux sont dédiés à l’administration depuis le début.